24 juin 2015 – Conférence de presse – La culture à Liège : les défis qui nous attendent

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1.Introduction

La culture est très présente dans la vie liégeoise, mais il y a moyen de lui insuffler plus d’espoir. Elle est nécessaire au bien-être des citoyens, nécessaire au bon fonctionnement de la Ville de Liège. L’annonce de l’attribution récente des Fonds FEDER change la donne et va modifier le paysage culturel de la Cité Ardente, nous l’espérons.

 

Sur base de ce constat, et particulièrement après l’attribution des Fonds FEDER, le groupe MR de Liège-Ville a souhaité faire le point sur les projets existants ou à venir. Des projets, effectivement il en existe et tant mieux, mais nous devons garder lucidité et vigiliance

 

Au cours de cette conférence, nous parlerons des grandes institutions culturelles, icônes de la culture liégeoise que nous aimons tant. En parallèle, il nous importe de parler des artistes qui ne trouvent pas leur place, souvent perdus dans les méandres d’institutions culturelles imposantes et indétrônables.

 

Comment peuvent-ils se faire une place sur la scène de la Cité Ardente ? Est-ce possible d’y arriver ? Ils sont le futur de notre culture, laisseront peut-être une trace dans l’Histoire de notre Ville, mais pour y arriver, la chance doit leur être donnée.

 

Nous terminerons enfin par ces fonds FEDER tant attendus, ainsi que les propositions du groupe MR au conseil communal de Liège en matière de culture.

 

2. Etat des lieux

2.1.  L’Opéra Royal de Wallonie : pérenniser l’institution !

Le 19 septembre 2012 s’est déroulée l’inauguration de la rénovation de l’Opéra Royal de Wallonie à Liège. Pour être au top, l’ORW avait subi de lourds travaux qui ont duré deux longues années : toitures et fenêtres renouvelées, façades restaurées, bâtiment adapté aux normes artistiques actuelles et aux normes de sécurité,… Le coût total de cette transformation avoisinait les 31 millions d’euros. A l’époque, les Fonds Feder sont intervenus à 40% avec 12.368.032,20€. Si la restauration du bâtiment est remarquable et les briques bien en place, la situation financière de l’Opéra Royal de Wallonie reste préoccupante.

 

A l’heure actuelle, cette institution éprouve toujours beaucoup de difficultés à atteindre un équilibre financier, l’Opéra est toujours en déficit cumulé de deux millions d’euros, et ce depuis 2007. Pour sortir la tête de l’eau, l’ORW redouble d’efforts internes, ce qui implique une gestion plus serrée du personnel.

 

Initialement, l’institution recevait deux types de subventions : un subside de fonctionnement de la Fédération Wallonie-Bruxelles et un complément de la Loterie Nationale. Ce subside de fonctionnement était progressif, par palier annuel de 300.000 euros, mais ce système a pris fin avec le contrat-programme 2006-2010 pour devenir une indexation annuelle. Depuis 2011, vu le manque de moyens disponibles dans les budgets de la Fédération, cette indexation reste minime.

 

Pour une gestion efficace, il est impératif de savoir quels sont les moyens de la Fédération accordés à l’ORW, et c’est là où le bât blesse. La précédente législature avait entamé une réflexion sur l’échéance du contrat-programme, soit le subside accordé par la FWB à hauteur de 14,6 millions d’euros et le complément de la Loterie Nationale de 568.000€. Aucune conclusion n’a jamais été apportée par les deux derniers ministres de la Culture (Ps & Cdh) et rien ne semble bouger, dans un sens comme dans l’autre. Au final, ce contrat-programme n’a plus été renouvelé depuis plus de 4 ans. Résultat ? Le montant accordé ne peut être certain, soumis au bon vouloir du Gouvernement – ce qui pourrait mettre en péril l’avenir de l’ORW, imprévisible tant que les choses ne sont pas réglées. Et la nouvelle législature ne semble pas se préoccuper de la question ! Nous constatons qu’au compte 2014 et au budget 2015, les chiffres sont à l’équilibre malgré le fait que la Région wallonne n’a pu renouveler son subside de 245.000 euros. En toute hypothèse, il va falloir s’y mettre pour éviter de graves problèmes et pérenniser l’institution.

 

Nous souhaitons que l’Opéra Royal de Wallonie reste une icône incontournable de la Ville de Liège, à l’instar de l’Orchestre Philharmonique. Ce sont deux institutions à part entière, une fusion des deux institutions, comme certains l’évoquent régulièrement, serait totalement hors de propos. Le MR s’est toujours clairement opposé à cette idée et n’en démordra pas. Inutile de préciser que nous sommes contre un transfert de l’Opéra et/ou de l’Orchestre vers un autre endroit que notre Cité Ardente. Ces établissements appartiennent au patrimoine liégeois et nous en sommes fiers.

 

2.2. Bibliothèques

2.2.1. Bibliothèques de quartier

Au nombre de 13 : Chênée, Droixhe, Fétinne, Grivegnée, Jupille, St-Léonard, Rivageois, St-Gilles, Sclessin, Outremeuse, Thier-à-Liège, Wandre et Xhovémont, elles sont dotées d’un budget annuel de plus de 2,6 millions d’euros et 41 agents communaux leur sont attribués. Elles sont fréquentées annuellement par plus de 8.500 personnes, dont une grande majorité de jeunes de moins de dix-huit ans.

Le réseau des bibliothèques de quartier assure une bonne couverture du territoire et constitue un bel exemple de décentralisation culturelle. Au sein de ces bibliothèques, diverses animations sont déjà organisées (exemple : des stages pour les enfants durant l’été), avec la collaboration de diverses asbl et établissements scolaires, mais nous préconisons de développer les activités culturelles dans les quartiers à partir des bibliothèques, en liaison avec les comités de quartier, et ce tout au long de l’année et pour tous les publics.

 

Par exemple, l’organisation de petites expositions itinérantes liées au livre ou à la littérature (thématiques : le livre illustré, le livre pour enfants, les écrivains, les éditeurs, l’histoire du livre et de l’imprimerie,…), ou sur la gravure, ou la photographie, sur le cinéma, ou la musique, ou encore consacrée à l’histoire des quartiers de Liège, etc.

 

Dans ce cadre, nous nous interrogeons quant aux collaborations (à renforcer ou à établir) de ces bibliothèques de quartier avec, entre autres, la Bibliothèque Ulysse Capitaine, le Cabinet des Estampes, la Bibliothèque-médiathèque des Chiroux-Croisiers, et, pourquoi pas ?, la Bibliothèque de l’Université et les Collections artistiques de l’Université ?

 

2.2.2. Bavière et la bibliothèque des Chiroux

Depuis 1986, le quartier de Bavière est à l’abandon. Les projets se sont enchaînés au fil des années sans jamais se concrétiser. Aujourd’hui, en 2015, voilà 30 ans que Bavière reste une parcelle de 6 hectares inoccupée et délabrée.

 

Mais nous ne désespérons pas : maintenant que les Fonds FEDER ont été octroyés, nous pouvons croire en la renaissance de ce quartier ! La Ville et la Province ont pour projet de recycler ce chancre en un pôle créatif.

 

Si tout se passe comme prévu, Bavière accueillera l’actuelle bibliothèque des Chiroux – soit, la plus grande bibliothèque de la Fédération Wallonie-Bruxelles – renommée pour l’occasion « Centre de ressources », une pépinière pour entreprises créatives ainsi que la future « Maison de la Création ».

 

Ce changement est nécessaire, car l’actuelle bibliothèque ne serait plus capable, à terme, d’accueillir les visiteurs, au vu de l’augmentation permanente de ces lecteurs et visiteurs. Une solution devait être trouvée, la voilà. Un beau projet qui aura cependant une incidence sur l’HoReCa et son quartier actuel en général.

 

Par ailleurs, ce chancre a récolté 28 millions d’euros des fonds FEDER, récemment attribués, soit 38% de moins que le budget initialement demandé. Vu l’ampleur du projet proposé, le groupe MR s’inquiète de l’avenir de la bibliothèque, les subsides attribués n’étant pas assez élevés pour réaliser l’ensemble des travaux, il va falloir mettre des priorités. Notre volonté est que ce cloaque urbain soit enfin réaménagé, mais dans le respect du produit culturel que représente la bibliothèque des Chiroux. Nous souhaitons avant tout que celle-ci puisse garder son statut de 1ère bibliothèque de la FWB!

Bibliothèque

 

2.3.  Salles de spectacles

L’ouverture du Reflektor, début mars, a relancé le débat sur la concurrence dans le secteur culturel à Liège, notamment en ce qui concerne les salles de spectacle. Le MR Liège-Ville déplore le manque de transparence de la Ville de Liège quant aux subsides qui sont accordés. Sur base de quels critères ? Et avec quelle évaluation ? Les autorités doivent absolument favoriser la concurrence et les appels à projet afin de stimuler le secteur et ainsi éviter que des inégalités se créent. Le cas échéant, cela pourrait remettre en cause l’avenir à long terme de certaines institutions.

 

2.3.1. Trocadéro : son avenir passé en revue

Le Trocadéro est une institution chère aux Liégeois. Ce petit théâtre, qui perpétue la tradition du cabaret en Cité Ardente, a bien failli subir les conséquences d’une saga familiale qui a connu son épilogue le mois dernier. Aujourd’hui, l’avenir de la « bonbonière » semble être assuré avec un programme 2015-2016 qui rappellera les revues du Paradis Latin, avec des costumes hauts en couleurs et un côté sexy assumé.

 

Cependant, en coulisses, il y a encore beaucoup d’interrogations. En effet, les lieux demandent à être rénovés : peinture, électricité, plafond de la salle, etc. La Ville compte-elle venir en aide pour sauver cette salle classée et ainsi perpétuer la tradition du cabaret à Liège ? Rappelons que le « Troca » est la dernière salle « à l’italienne » de la ville et la seule à présenter des spectacles de revue. Si aujourd’hui, son avenir à court terme s’est éclairci, rien n’est moins sûr pour le long terme.

 

2.3.2. Reflektor : la ville osera-t-elle se regarder dans le miroir ?

Au début du mois de mars, une nouvelle salle de concerts a ouvert ses portes à Liège. Le Reflektor, situé place Xavier Neujean, est indéniablement une réussite au niveau de l’accueil et de l’acoustique. Personne n’en attendait moins d’une salle qui a coûté la bagatelle de 2 millions d’Euros, cofinancée par la Fédération Wallonie-Bruxelles (1.217.512,77€) et par la Ville de Liège (700.000€). Cette dernière loue la salle à l’asbl Festiv@liège, gestionnaire des lieux, pour la modique somme de 3500€ par mois. Un loyer assez faible au vu du coût des travaux, de l’emplacement et des montants pratiqués habituellement par la Ville. Rappelons également que dans leur budget 2015, les autorités annonçaient des hausses importantes en matière d’occupation de locaux par des ASBL. Dont acte ?

 

L’ouverture de cette nouvelle salle soulève donc de nombreuses interrogations et provoque l’inquiétude chez les professionnels du secteur. En effet, l’avènement du Reflektor ne doit pas se faire au détriment des autres salles. Le MR Liège-Ville tire donc la sonnette d’alarme et demande à la Ville de Liège de favoriser la concurrence et de jouer la transparence quant aux subsides qu’elle alloue aux différents acteurs du milieu culturel. Ceux-ci doivent être répartis sur base de critères précis et définis à l’avance.

 

Enfin, le MR Liège-Ville s’interroge sur la présence d’un food-truck sur le parvis du Reflektor. Pourquoi la Ville a-t-elle donné son autorisation, alors que cette salle se trouve à quelques mètres à peine de nombreux cafés, brasseries et restaurants ? Il s’agit d’une concurrence déloyale vis-à-vis du secteur de l’HoReCa. La présence de ce food-truck risque d’agir comme un frein pour le développement d’un quartier en pleine mutation.

Concert

2.4. Musées

2.4.1. Grand Curtius

Le musée est ouvert depuis mars 2009, soit six années révolues : nous pensons qu’est venu le temps d’un premier bilan, d’une évaluation qui reste à faire. Faisons là ensemble, et tentons d’apporter des réponses objectives aux questions suivantes (non exhaustives) : Quid du visitorat et de son évolution ? Quid de sa promotion ? Quid des expositions temporaires (thèmes, nombres de visiteurs, catalogues, retour « presse », etc.) ? Quid de l’évolution du parcours muséographique, qui perd par bribes et morceaux sa logique initiale (exemple : collection égyptologique démontée il y a 3 ans et remplacée par une soi-disant section « Histoire de Liège » mal fagotée et sans grand intérêt / idem pour le lapidaire.) ? Quid de l’affectation précise du Palais Curtius ? Quid des collections des arts décoratifs, de verre et d’armes, grande perdante de 2009 ? Quid d’une section « Art Nouveau » qui manque cruellement ? Quid du choix des peintures encore exposées au Grand Curtius, en fonction de l’ouverture du Musée de la Boverie en 2016, qui va rassembler l’ensemble des collections de Beaux-Arts ?

 

2.4.2. Musée d’Ansembourg

Il est en très mauvais état intérieur et le projet de sa restauration traîne depuis plusieurs années : nous souhaitons qu’on active le dossier et que les travaux soient rapidement entamés ! Le bien est classé comme monument et inscrit sur la Liste du Patrimoine exceptionnel de Wallonie depuis 1993 ! Le musée n’est plus vraiment en état de satisfaire la légitime curiosité des touristes (Une * au Guide Michelin), qui ne peuvent qu’en sortir déçus et désabusés.

Il est donc indispensable d’accélérer les opérations de restauration et de redéfinir de façon claire le parti muséographique, soit un Musée de « l’art de vivre » au XVIIIe siècle à Liège ! Il faut mettre fin à la pratique initiée depuis quelques années, de ces petites expos d’art contemporain, qui défigurent le lieu, sans apport d’un réel supplément d’âme, et qui n’ont aucune visibilité publique ! C’est le Patrimoine artistique liégeois du Siècle des Lumières qui doit être mis en valeur dans ce musée. C’est sa vocation fondamentale et c’est aussi sa renommée internationale.

 

2.4.3. Musée Saint-Georges

L’ancien Musée d’Art wallon va être transformé en réserves après le déménagement des collections de Beaux-Arts à la Boverie. A cet égard, plusieurs questions se posent. D’abord, il convient de voir le côté positif de la chose : enfin, nos musées bénéficieront de réserves dotées d’un traitement d’air, ce qui n’a jamais été le cas dans le passé. Toutefois, cette opération entraînerait également la fermeture de la salle d’exposition du rez-de-chaussée, dite « Salle Saint-Georges », ce qui priverait la Ville de tout lieu d’exposition dans le centre, considérant que les espaces des étages du Palais Curtius se sont révélés comme peu adaptés pour accueillir des expositions d’envergure.

Nous pensons que cette fermeture de la Salle « Saint-Georges » est une très mauvaise chose. En effet, considérant que le Musée de la Boverie n’a pas pour vocation d’accueillir toutes les expositions organisées par tous les musées et les services culturels de la Ville de Liège, on ne perçoit pas la raison qui pousserait à se priver d’un lieu comme la « Salle Saint-Georges », qui donne toutes garanties et toutes satisfactions pour l’organisation d’expositions, certes de plus petites dimensions, mais de qualité, et ce depuis 35 ans.

 

2.4.4. Le Cabinet des Estampes et Dessins 

La question de l’avenir du Cabinet des estampes est posée : où finalement celui-ci trouvera-t-il sa place ? Avec les réserves à Saint-Georges, en connexion avec la Bibliothèque Ulysse Capitaine (laquelle ne rejoindrait donc pas la nouvelle Grande bibliothèque à Bavière, comme cela avait été évoqué antérieurement…) ? ou au Musée de la Boverie, avec l’ensemble des collections de Beaux-arts ?

Ne conviendrait-il pas plutôt d’envisager une collaboration étroite et active avec les Collections artistiques de l’Université et avec la bibliothèque de l’Académie royale des Beaux-Arts, dont les collections sont parfaitement complémentaires ? La réunion et la gestion commune de ces trois collections permettraient en effet de constituer un ensemble artistique et scientifique de haute qualité, de niveau tout à fait international, comparable aux cabinets d’estampes et de dessins des plus grandes capitales européennes. Ce dossier devrait selon nous être rapidement évoqué par la Commission Ville-Université.

 

2.4.5. Simenon

Aux dernières nouvelles, il était envisagé de l’implanter à Bavière, en synergie avec la future bibliothèque, mais la question du financement, tant de l’infrastructure que du fonctionnement, est posée, les subsides de cofinancement du FEDER ne couvrant pas la totalité des investissements prévus. D’autres implantations sont-elles envisagées, et si oui lesquelles ? En toutes hypothèses, nous pensons qu’un musée purement monothématique, basé sur les seules collections « Simenon » de l’ULg et de la Fondation Roi Baudouin (John Simenon), devrait être élargi à l’ensemble du monde littéraire liégeois, wallon et belge francophone, afin de jouer sur une palette culturelle plus développée dans le temps et dans l’espace. La Communauté française Wallonie-Bruxelles a-t-elle été sollicitée et consultée à cet égard ?

2.5.  Mons 2015

En 2015, la Ville de Mons a été désignée capitale européenne de la culture. Une belle récompense pour une ville en pleine reconstruction. Une occasion pour la Ville de Liège de s’allier avec ce projet pour mettre en valeur nos institutions culturelles, fleuron de notre patrimoine. Mais il n’en est rien ! Au mieux, un spectacle va être organisé à Liège… et pour lequel il n’ y a eu aucune participation financière de la Ville. Rien, nada ! Pourtant, c’était une belle opportunité de mettre en avant la culture liégeoise, opportunité que la Ville n’a pas voulu saisir. Seule la Province, au côté de la Fondation Mons 2015, s’investit pleinement dans ce projet, et heureusement !

En somme, Mons 2015 et ses activités d’envergure resteront à Mons. Aucune retombées pour la Ville de Liège, ce que le groupe MR déplore : la Ville et le Collège auraient du s’investir.

 

3. A l’ombre des grandes institutions – acteurs de terrain

Nous venons de le voir, des grandes institutions culturelles, Liège n’en manque pas. Mais comment se rythme la vie des troupes itinérantes, artistes indépendants et amateurs culturels ? La Ville de Liège ne permet pas le développement artistique des acteurs de terrain. Il faut les soutenir à créer, investir leur art au profit de notre Ville et notre Région pour que la culture ne s’oublie pas. La mettre à la portée de tous les publics est une nécessité pour Liège.

 

Les artistes d’aujourd’hui n’ont pas, ou que très peu, d’aide pour concrétiser leurs projets, englobés dans cette logique managériale qui s’intéresse davantage aux grandes institutions qu’aux acteurs indépendants. Il faut aider les créateurs, personne ne nous contredra jamais, mais ce sujet est tabou à Liège !

 

Comme nous le soulignions en 2012, il est nécessaire de donner à nos artistes locaux l’occasion d’exprimer leurs talents à Liège, de montrer leurs productions dans des endroits variés tels que, notamment, la gare, l’aéroport ou encore les galeries commerciales.

 

De plus, il faut permettre à nos jeunes groupes musicaux de pouvoir créer et bénéficier de lieux de répétition, gratuits et insonorisés. Des appels à projets culturels pourraient être organisés pour subsidier nos artistes en demande de valorisation, pour leur permettre d’exprimer leur art et leur talent !

 

La culture est le fondement de notre identité commune, elle ne doit pas passer à la trappe au détriment d’autres aspects de la vie liégeoise, elle a sa place et est primordiale au bien-être des Liégeois(es).

 

3.1.  Acteurs

Le Forum, le Théâtre de Liège, le Trocadéro, l’Opéra Royal de Wallonie, etc… n’importe quel citoyen pourrait citer ces grandes institutions liégeoises, mais Liège ne se résume pas à ça !

 

Liège, c’est aussi :

 

  • Le Théâtre de l’Aléna, situé au château historique de Sclessin ;
  • Le Théâtre Le Moderne à Sainte-Walburge ;
  • Le café-théâtre La Bouch’rit rue Saint-Gilles ;
  • Le théâtre universitaire Quai Roosevelt ;
  • La Halte rue de la Casquette ;
  • Etc…

Les petits théâtres et salles de spectacle foisonnent sur la scène de notre Cité Ardente : la Ville en compte près d’une quinzaine, quasiment méconnus du public liégeois. Ces théâtres eux-mêmes doivent se battre pour persister ! Et cette situation n’est pas acceptable, ce sont ces établissements qui permettent les représentations des petites troupes itinérantes encore inconnues, des artistes en devenir qui ne sauraient se payer le luxe d’autres scènes. Le coût de ces salles varie entre 150 et 250€, ce qui n’est déjà pas rien !

Chaises de théatre

3.2.  Chanteurs, Musiciens

Si Liège est réputée pour être la capitale wallonne du rock, elle abrite avant tout un véritable vivier musical où tous les styles se côtoient et se mélangent dans un élan créatif qui semble inépuisable. Toutefois, les infrastructures pour accueillir les artistes se font rares et les petites salles ont parfois du mal à joindre les deux bouts. A côté des salles grand public comme le Cadran et le Reflektor, on trouve à Liège toute une série de salles plus restreintes qui font la part belle à la musique dite « underground » :

 

  • Le Hangar (Quai Saint-Léonard)
  • Le Live Club (Rue roture)
  • La Zone (Rue Méan)
  • Etc…

 

Ces lieux, certes moins « grand public » que les institutions citées précédemment, constituent cependant les bases du monde musical liégeois. Que font les autorités pour consolider ces bases ? Il faut favoriser les appels à projet et aider les acteurs du milieu à décrocher des subsides, sur base de critères précis et définis à l’avance. Sans ces salles, nombreux seraient les groupes « made in Liège » qui auraient du mal à se produire sur scène à Liège. Un scénario à éviter absolument si l’on veut préserver la réputation musicale de la Cité ardente !

Musique

3.3.  Peintres, Sculpteurs & Photographes

Liège compte beaucoup d’artistes peintres, sculpteurs et photographes à la recherche de lieux d’exposition. Et, à Liège, ceux-ci ne manquent pas :

 

  • L’Espace Georges Truffaut
  • La Galerie Centrale
  • Les cafés et restaurants du centre-ville
  • Etc…

 

Ces salles, ces lieux qui drainent la vie culturelle liégeoise méritent une aide, en terme de publicité notamment, à l’instar des grandes institutions. Une liste de ces endroits devrait être établie, permettant ainsi à l’ensemble des artistes de se faire connaître, d’exposer leurs œuvres dans cette multitude d’endroits éparpillés en ville, lieux publics ou lieux de patrimoine. Le Collège doit aider ces lieux d’exposition, car nous pensons au MR Liège-Ville que le cadre d’une permet de mettre en valeur son contenu, et par conséquent son/ses auteur(s). Il est donc important d’imaginer des lieux, fixes ou éphémères, à la scénographie bien pensée.

photographie peinture

 

4. Les Fonds FEDER

Fin mai 2015, les fonds FEDER ont été attribués aux divers projets soumis pour approbation en 2014. Rappelons que la « cotisation » européenne est de 40% – la Région, quant à elle, assène 50% du budget et chaque opérateur local apporte 10% de la somme.

 

L’arrondissement de Liège ne récolte pas moins de 300 millions d’euros de fonds. La Ville de Liège, quant à elle, n’est pas en reste : 125 millions de fonds ont été débloqués, sur 184 demandés, pour les projets proposés par le Collège. 90% des dossiers en attente d’être subsidiés ont été acceptés, dont notamment :

 

Projets Besoins Fonds FEDER
Nouvelles Halles des Foires 40M + 3M (dépollution) 35M
Bavière 46M 28M
Rénovation de la Cité Administrative 29M 22M
Eco-quartier de Coronmeuse 24M + 5M (dépollution) 29M
Boulevard urbain à Droixhe 12M 10M

 

Un budget important et de belles perspectives, certes, mais concrètement, ce montant de 125 millions d’euros est-il suffisant ? En sachant que la somme accordée à chaque dossier est moindre (et pas qu’un peu pour certains dossiers !) que celle demandée initialement pour la concrétisation des projets, nous en doutons.

 

Nous espérons que cela ne va pas entraver la mise en œuvre effective des réalisations  prioritaires pour la Ville de Liège et soulignons que les projets financés par l’Europe et la Région ne concerne que la partie Nord de la Ville. Pourquoi ce choix ?

 

Pour la Cité ardente, nous croyons en l’accomplissement des travaux prévus, mais émettons une réserve quant à leur aboutissement réel. En cause ? Un manque de fonds évident. Nous ne souhaitons pas voir émerger des projets au rabais, ou à moitié finalisés et attendons de voir l’agenda et le cahier des charges.

Conclusion

La culture est omniprésente à Liège. La Ville peut se targuer d’abriter des institutions de prestige, dont le rayonnement dépasse ses murs, mais aussi une multitude de plus petites institutions que les acteurs de terrain font vivre au jour le jour. Cette diversité culturelle est une richesse pour tous les Liégeois et une belle carte de visite pour la Cité ardente. Cette richesse, nous devons absolument la préserver. Cela passe par une politique cohérente et transparente qui s’inscrit sur le long terme. En guise de conclusion :

 

  • Nous préconisons de développer les activités culturelles dans les bibliothèques de quartier, en liaison avec les comités de quartier, et ce tout au long de l’année et pour tous les publics.

 

  • L’attribution des fonds FEDER fait miroiter un avenir radieux pour la culture liégeoise. Or, seul le projet de Bavière est concerné par cette manne financière, bien en deçà des attentes. Nous demandons des garanties pour ne pas aboutir sur une bibliothèque et des projets « au rabais ».

 

  • Il est impératif de connaître les subsides accordés par la Fédération Wallonie-Bruxelles à l’Opéra Royal de Wallonie. L’avenir de l’institution est pour l’instant incertain au vu du manque d’informations concernant son financement.

 

  • L’avenir du Trocadéro est désormais assuré. Toutefois, la « bonbonière » a besoin d’un grand coup de pinceau pour retrouver sa superbe d’antan. Le MR Liège-Ville souhaite tout mettre en œuvre pour préserver le dernier théâtre italien de la ville.

 

  • L’ouverture du Reflektor soulève de nombreuses questions. Le MR Liège-Ville demande la transparence sur ce dossier, ainsi que la mise en place d’appels à projets afin de favoriser la concurrence dans le secteur des salles de concerts.

 

  • La question de l’avenir du Cabinet des estampes est posée : ne conviendrait-il pas plutôt d’envisager une collaboration étroite et active avec les Collections artistiques de l’Université et avec la bibliothèque de l’Académie royale des Beaux-Arts, dont les collections sont parfaitement complémentaires ?

 

  • Nous pensons que cette fermeture de la Salle « Saint-Georges » est une très mauvaise chose. On ne perçoit pas la raison qui pousserait à se priver d’un lieu comme la « Salle Saint-Georges », qui donne toutes garanties et toutes satisfactions pour l’organisation d’expositions, certes de plus petites dimensions, mais de qualité, et ce depuis 35 ans.

 

  • Le musée Curtius est ouvert depuis mars 2009, soit six années révolues : nous pensons qu’est venu le temps d’un premier bilan, d’une évaluation qui reste à faire.

 

  • Le musée d’Ansembourg est en très mauvais état intérieur et le projet de sa restauration traîne depuis plusieurs années : nous souhaitons qu’on active le dossier et que les travaux soient rapidement entamés !

 

  • Mons a décroché le titre de capitale européenne de la culture 2015. Nous déplorons que la Ville de Liège n’aie pas saisi les opportunités de partenariat qui s’offraient à elle pour mettre en avant son patrimoine culturel.

 

  • La Ville de Liège doit soutenir la création et permettre aux acteurs de terrain de s’épanouir pleinement dans leur art.

 

Nous le constatons, Liège est une ville très riche au niveau culturel. Cependant, il ne faut pas se reposer sur ses lauriers et se réjouir de cette richesse. Au contraire, il faut se retrousser les manches et faire face aux nombreux défis qui nous attendent.

 

Christine Defraigne, cheffe de groupe, le groupe MR au Conseil communal de Liège

Sébastien Bovy, Fabrice Drèze, Gilles Foret, Elisabeth Fraipont, Pierre Gilissen, Louis Maraite, Raphaël Miklatzki, Audrey Neuprez, Diana Nikolic, Michel Peters.

Maison de la Presse, le 24 juin 2015

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